Les Chroniques du Temps

Mon grand-père - le destin l’oblige à reprendre le domaine

Ce sont les circonstances, plus que son goût personnel, qui ont amené mon grand père, Maxime PARENT, à être viticulteur. Souhaitant une carrière militaire, (il avait fait sa préparation à l’école St Cyr) , les circonstances ont brisé ses projets. D'abord, la mort prématurée, en 1908, de son père Johannès ; puis la guerre de 1914-1918, et enfin surtout, la disparition de son jeune frère Alfred. Tout a contribué à changer son destin. Gabriel était l’ainé des trois frères, suivi de Maxime, puis Alfred.

C’est le plus jeune des trois fils de Johannès, donc Alfred, qui se destinait à reprendre l’exploitation familiale. Il avait fait de brillantes études de commerce international, et avait séjourné en Angleterre, puis en Allemagne où il avait de nombreux amis. Alfred est mort en Mai 1915. Maxime, rentré sain et sauf de ces quatre années de combats, a par devoir, repris à 32 ans la gestion de sa part du domaine (environ 5 hectares à cette époque) En fait les deux frères restants : Maxime et Gabriel ont partagé le domaine : Gabriel prenant la partie de Monthelie (aujourd’hui exploitée par Annick PARENT) et Maxime, mon grand père gardant Pommard.

Reflets d’une époque où la mécanisation n’existait pas…

Mon grand-père a donc exercé l’essentiel de son activité pendant la période entre les deux guerres mondiales (1919 – 1939), époque de remise en état et maintien de l’exploitation, (sans expansion… la crise économique de 1929 rendant la situation plus difficile) Le rythme des travaux était alors très différent de ce que l’on connaît actuellement : aucune mécanisation pour la culture des vignes. Le cheval était l’élément indispensable pour les labours et les charrois de toutes sortes au fil des saisons. L’homme effectuait à la main la majorité des travaux.

Trois vignerons étaient employés à temps plein. L’un d’eux, chargé des soins à donner au cheval, habitait à côté de la maison. Par ailleurs, le vin récolté ne quittait pas la propriété pour aller directement chez le consommateur ou le distributeur = on vendait en fût (tonneaux de 228 litres) à peu près exclusivement à des négociants par l’intermédiaire de courtiers locaux. Un tonnelier travaillait à temps partiel, pour les soutirages, remplissages et la remise en état des tonneaux avant la vendange. les très bonnes années, on mettait en bouteilles une petite quantité de vin pour la réserve personnelle de la maison, et, éventuellement, pour la remise à des relations. Ces précieux millésimes étaient empilés dans un caveau spécial de la cave, où les bouteilles, au fil du temps, s’endormaient sous la mousse….

En ce temps là, le chef d’exploitation était en mesure d’assumer personnellement la tenue de ses comptes, les formalités administratives (réduites), les achats de produits ou de matériel. Il n’avait pas à se déplacer pour rechercher de la clientèle.

On utilisait le personnel pour diverses tâches annexes : fauchage et rentrée du foin pour le cheval ; sciage et préparation du bois de chauffage pour toute la maisonnée, mise en fagots des sarments de taille (utilisés comme allume-feux), cultures diverses : pomme de terre, céréales qui nourrissaient toute la maison et le personnel, entretien du jardin et des potagers.

L’objectif était alors d’avoir une propriété “ vigne ” très bien entretenue, d’en récolter du bon vin, d’en tirer le meilleur profit pour la prosperité de la famille, de l’exploitation , et de tout ceux qui y travaillait.

Des catastrophes climatiques : gelées de printemps, orages de grêle dévastateurs, pouvaient, certaines années compromettre l’équilibre d’une telle économie.

La mévente du vin, les cours, très bas certaines années, causaient aussi de grands soucis.

AVANT L’HIVER : on buttait les vignes (un labour remontait la terre sur les ceps pour les protéger du gel )

AU PRINTEMPS : on débuttait (on dégageait les pieds de vignes) Taille, attachage des cordons, ébourgeonnage, accolage s’efectuaient à la main…. Pratiquement comme maintenant.

Les sulfatages, contre le Mildiou (à la bouillie bordelaise), puis les soufrages contre l’oïdium, se faisaient avec des pulvérisateurs portés à dos d’homme –travail fort pénible et malpropre. Le rognage se pratiquait à la cisaille ;

Au cours du printemps et de l’été, quelques labours (légers griffages) enlevaient les mauvaises herbes. On allait également “ bouècher ” = gratter la terre entre les ceps avec un fessou (sorte de pioche dont le manche est relié au fer, par une tige recourbée en col de cygne)

A cette époque, il y avait pas mal d’arbres fruitiers dans les vignes (amandiers, cerisiers et surtout des pêchers, qui après leur délicate floraison rose, agrémentant le paysage, donnaient pour certains des fruits superbes et succulents. Nous en avions un certain nombre, groupé dans un même rang, principalement dans deux vignes à Pommard : Les Argillières et les Chanlins. La vigne de Lulune (Beaune Montrevenots) était plantée en blanc et produisait un vin de table excellent….